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« RELEVER LA GAUCHE, ET LA FRANCE AVEC ! »

MON ENTRETIEN DANS L’OPINION DU 8 FÉVRIER. Propos recueillis par Béatrice Houchard.

On parle beaucoup d’une primaire à gauche et vous faites cavalier seul. Pourquoi ? 

La question est de savoir si la ligne politique que nous représentons sera présente en 2017. C’est une ligne politique singulière, originale et vitale si l’on veut relever la gauche, et la France avec.

Notre présence dans le débat de 2017 ne saurait être assujettie à une hypothétique primaire, dont l’idée est plutôt sympathique mais dont on ne sait à peu près rien aujourd’hui : quel périmètre ? Quelle logique politique ? Quel calendrier ? Pour quoi faire ? Avec qui ?

Quoi qu’il arrive à gauche, vous irez jusqu’au bout ?

Absolument. Je suis déterminé à porter cette parole républicaine. Il manque une voix qui porte la Nation à gauche. Les autres gauches ont décidé depuis une trentaine d’années de congédier la Nation comme espace politique pertinent. Or, il n’y a pas de politique sans territoire politique. C’est le sens de la candidature du MRC à la présidentielle.

L’abandon de la Nation par la gauche a-t-elle favorisé la progression du FN depuis trente ans ?

Bien sûr. Je pense que le Front national se dégonflera comme un ballon de baudruche le jour où nous aurons réussi à imposer à la gauche de se réapproprier ce qui est son patrimoine : la Nation est née à gauche. L’attachement des Français à la Nation n’est pas lié à un environnement ethnique, mais à un territoire où peuvent s’épanouir la promesse républicaine, la reconquête de la transformation sociale, et s’organiser les solidarités et le progrès. Les Français ont un lien affectif spontané avec ce territoire. Regardez ce qui s’est passé après les attentats de 2015 : les Français n’ont pas chanté spontanément l’hymne européen, mais la Marseillaise. La gauche ne peut pas continuer de se couper plus longtemps de tout cela.

Vous dites que « l’euro dans son format actuel n’est pas viable ». Vous iriez jusqu’à la sortie de l’euro ?

Je défendrai la nationalisation de l’euro. La politique monétaire est l’un des leviers essentiels de la politique économique. Nous prétendons actuellement redresser la croissance et faire une politique orientée vers l’emploi, mais en étant privés de cet instrument déterminant. Sortir de l’euro n’est pas un projet politique. Le projet politique, c’est de reprendre en mains le destin du pays, d’être capable de reprendre en main les leviers pour faire une politique au service des Français.

Qu’est-ce que ça veut dire, « nationalisation de l’euro » ?

On peut aller vers une monnaie commune, qui sera notre monnaie unique pour tout le monde extérieur à l’Europe ; et retrouver des monnaies nationales sur lesquelles nous aurons la capacité d’intervenir. Aujourd’hui, la politique monétaire est décidée à Francfort, pour des intérêts économiques qui ne sont pas ceux du peuple français, ni des peuples grec, italien ou espagnol. L’euro nous pénalise depuis le début, indépendamment de la crise, en matière de croissance économique. Il encourage les disparités au sein de la zone euro, ainsi que le dumping social.

Avec un tel discours, comment pourriez-vous appeler à voter au second tour, éventuellement, pour le candidat socialiste, François Hollande ou un autre ?

Ca pose en effet une grosse difficulté… Il faut se réapproprier à gauche un discours de puissance politique et regarder au-delà de 2017 : quelle France veut-on pour les 20, 30, 40 prochaines années ? Quelle est notre vision du monde ? Quel est le projet pour ma génération (je suis né en 1978) qui n’a connu que la crise et qui entende des responsables qui ont prospéré pendant les Trente glorieuses lui expliquer ce qu’il faut pour la France de demain. Je refuse cela.

Vous sentez-vous l’héritier de Jean-Pierre Chevènement ?

Jean-Pierre Chevènement est mon mentor. C’est un homme qui a éclairé le débat à gauche et dans le pays comme aucun autre. Je le classe dans les quatre ou cinq hommes politiques français les plus importants du XXe siècle.

Qui sont les autres ?

Je citerais Clemenceau, de Gaulle et Mendès France. Jean-Pierre Chevènement n’est pas seulement un homme d’Etat, c’est aussi un penseur. Il a toujours eu une pensée rigoureuse et une grande droiture dans la façon de faire de la politique. C’est mon inspirateur.

On va vous reprocher de risquer, par votre candidature, d’empêcher la gauche d’être au second tour…

Ah, le spectre du 21 avril 2002 ! Je vais vous dire une chose : si la gauche n’est pas capable d’entendre le discours que je porterai, elle ne sera pas au second tour. Le fond du problème, ce n’est pas de se rassembler à tout prix et donc à n’importe quel prix, mais de savoir comment fait la gauche pour reconquérir les jeunes et les classes populaires, qui sont tentés par l’abstention et le vote Front national.

Retrouvez l’article original sur le site de L’Opinion.