Conseil d'État

Qu’est-ce qu’une « crèche culturelle » ?

Qu’est-ce qu’une « crèche de Noël culturelle » ? Une crèche sans Jésus, ni Marie, ni Joseph ? Quatre murs, un toit et des moutons !
Qu’est-ce qu’une « crèche festive » ? Une crèche où le haschisch remplace le foin ?

Ces questions vertigineuses, nous sommes bien obligés de nous les poser à la lecture d’une de ces décisions inouïes dont le Conseil d’Etat a le secret : transformer une question de principe simple, la neutralité religieuse qui s’impose à l’Etat, en une évaluation au cas par cas.

Là où il aurait pu s’appuyer sur une distinction simple : interdit dans les bâtiments publics, autorisées sur la voie publique. Les juges du Conseil d’Etat inventent une série de critères flous, dont « l’usage local », pour autoriser des exceptions à l’interdiction de principe. Le Conseil d’Etat fait donc le choix d’une autorisation qui ne dit pas son nom.

Cette décision serait drôle, si elle n’était pas à pleurer et si la situation en France n’était pas si grave. Cette faute intervient au moment où la laïcité fait débat et où elle doit être expliquée, confortée et défendue face au renouveau des revendications religieuses. On ne peut exiger l’intransigeance à l’égard de certaines croyances et afficher pareille souplesse – qui n’est que faiblesse, à l’égard des autres.

L’article 28 de la loi 1905 est extrêmement clair et ne méritait pas une intervention aussi jésuitique: « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ».

L’ancienneté de la religion chrétienne en France ne lui confère aucun droit particulier, que les autres religions devraient lui jalouser. Toutes les religions doivent être traitées sur un pied d’égalité.

Dans cette réduction du religieux au culturel et au folklore, tout le monde perd : la laïcité abaissée et la religion vidée de son sens. Ces deux décisions seront un nid à contentieux pour les collectivités qui, pour des raisons politiciennes, installeront cette année encore des crèches dans des bâtiments publics.