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« Pour moi, l’État n’est pas un adversaire, ni un ennemi »

Interview à L’Est éclair, propos recueillis par Jean-François Laville.

Bastien Faudot, vous vous présentez comme « la voix qui porte la nation à gauche ». En quoi cette voix est-elle différente de celle des frondeurs ou du Front de gauche ?
Je constate que, jusqu’ici, on a peu entendu les frondeurs sur la question de la reconquête de la souveraineté nationale. C’est ce qui fait toute la différence. Eux sont plutôt sur le thème « plus de social ». Pour moi, la question de la réappropriation de la démocratie est un enjeu central. Aujourd’hui, la démocratie est détournée par les institutions internationales, notamment l’Europe.

Vous parlez de souveraineté, de monnaie nationale, d’un certain protectionnisme. Qui a pris les idées à l’autre ? Le FN ou le MRC ?
Il faut se souvenir que le FN est issu du mouvement poujadiste et des nostalgiques de l’OAS. Il a eu un programme ultralibéral, style Madelin, avec Jean-Marie Le Pen. Puis, avec Marine Le Pen, il a pris un virage social républicain. Mais tout tourne pour le FN autour d’une question identitaire. Or, pour nous, ce n’est pas le sujet.

Quelle est votre priorité alors ?
À gauche, le Parti socialiste a choisi l’ouverture européenne depuis 1983. À l’inverse, notre souhait est clairement de sortir de l’Union européenne, de dénoncer le pacte de stabilité pour rendre le Parlement français libre de ses décisions. Et contrairement à Mélenchon qui reste sur sa logique de VIe République, notre priorité est plutôt la réindustrialisation de notre économie.

Vous voulez revenir à une monnaie nationale…
Oui, il nous faut à tout prix retrouver notre propre politique monétaire. C’est essentiel pour un projet de croissance économique. D’ailleurs, les Allemands ont leur propre monnaie, c’est l’euro qui a été mis en place en fonction de leurs propres critères. En France, il nous faudra une monnaie nationale, dépréciée de 20 à 30 %.

Comment vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Historiquement, nous sommes plutôt sur la gauche du PS. Mais sur des dossiers tels que la laïcité, l’école, l’organisation administrative et politique de la France, on serait plutôt à droite du PS. En fait, nos ennemis sont les marchés et les libéraux libertaires.

Vous êtes donc plutôt favorable à un État fort ?
Oui, je prône un État fort. C’est la différence avec la gauche, je devrais plutôt dire les gauches. Pour moi, l’État n’est pas un adversaire ni un ennemi.

Que penseriez-vous d’une nouvelle candidature de François Hollande ?
Nous avons soutenu Hollande en 2012. Nous avions passé un accord pour la renégociation du pacte budgétaire européen. Il ne l’a pas fait. Son mandat se traduit par un échec économique et social. Je n’ai jamais fait de « Hollande bashing ». Mais s’il se présente, ce sera du « rien compris, rien appris ». Son dernier grand choix, qui pourrait sauver le mandat, serait qu’il renonce à se présenter. Et puis, je le vois mal redescendre en deuxième division pour espérer remonter ensuite en première division.

La gauche au second tour de la présidentielle, ça vous paraît encore crédible ?
Quelle gauche ? S’il s’agit d’une gauche qui affirme fortement le thème de la reconquête de la souveraineté populaire et nationale, alors elle peut reconquérir les électeurs partis au FN. Il existe une petite fenêtre de tir. Mais je n’y crois pas.

Où en êtes-vous de la collecte des cinq cents parrainages ?
J’en suis à près de deux cents. La quête est difficile, mais je pense que nous allons y arriver.

Quelle leçon tirez-vous de la primaire de la droite ?
Deux leçons. La première, c’est que les citoyens ne veulent pas se sentir téléguidés. L’histoire leur appartient. La seconde, c’est qu’ils ont choisi la sobriété face aux outrances. Ce qui ne retire rien au fait que je suis en opposition totale avec François Fillon.