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« Nous sommes les seuls à défendre un projet républicain, patriote et social. »

ENTRETIEN À L’HUMANITÉ, VENDREDI 11 MARS

Le Mouvement républicain et citoyen (MRC) est le premier parti à avoir officiellement investi son candidat pour la présidentielle de 2017. Il s’agit de Bastien Faudot, porte-parole du MRC et actuel conseiller départemental et municipal de Belfort.

Quel est le sens de votre candidature, quel projet politique voulez-vous porter ?

Aujourd’hui, à gauche, nous sommes les seuls à défendre un projet républicain, patriote et social. Nous disons que la question européenne est devenue la clé de voute du système. La loi El Khomri en est une illustration parfaite. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’écouter François Hollande ou Manuel Valls, lire les recommandations du Conseil européen suffit à rendre compte de l’action du gouvernement. Nous sommes dans une crise post-démocratique. Au MRC, notre génome politique est de dire qu’il ne peut pas y avoir de politique de justice sociale sans reconquête de la souveraineté populaire et nationale. J’ai défini quatre grands chantiers : plein emploi, fiscalité et répartition des richesses, refondation des institutions, et construction d’une Europe du commun.

« Nous disons que la question européenne est devenue la clé de voute du système. La loi El Khomri en est une illustration parfaite. »

Nous voulons également être la voix qui porte la nation à gauche. L’idée de nation est née à gauche. C’est son patrimoine et il ne faut absolument pas laisser libre cours à la définition tribale, ethnique et fantasmée de la nation défendue par le Front national, car elle risque de diviser profondément le pays. Je suis persuadé que du jour où la gauche se réappropriera la nation républicaine, tout ce qui se passe autour du FN va se dégonfler.

Quel regard portez-vous sur l’état actuel de la gauche ?

Nous sommes dans une période de crise à gauche qui va durer des années, comme dans les années 1960 lors de l’effondrement de la SFIO. Sauf qu’il y avait à l’époque une force qui tenait en respect la social-démocratie : le PCF. Mais depuis, l’hégémonie culturelle du libéralisme s’est installée et la gauche radicale a reçu le baiser de la mort de François Mitterrand. Nous sommes donc dans une époque totalement nouvelle.

François Hollande ne participe pas de cette recomposition de la gauche ? Que pensez-vous de son quinquennat ?

Non. Ce que fait François Hollande, ce n’est pas une recomposition, c’est un abandon de la gauche. La politique actuelle est au final la consécration du long glissement idéologique, et de la grande résignation nés avec le virage social-libéral. N’oublions pas que Lionel Jospin lui-même avait dit lors de sa campagne de 2002 que « l’Etat ne peut pas tout » et que son programme n’était pas « socialiste ».

Toutefois, si le virage libéral abandonnant une partie des valeurs aux vautours de la finance était déjà enclenché, celui abandonnant le reste des valeurs aux faucons ne l’était pas. Mais il y a une certaine logique. La réforme constitutionnelle est une façon de maintenir une image de la puissance de l’Etat ici surjouée sur la question de la sécurité car est abandonnée la puissance de l’Etat sur la question économique et sociale.

« La politique actuelle de la gauche est la consécration du long glissement idéologique, et de la grande résignation nés avec le virage social-libéral. »

Que pensez-vous de la tribune signée dans le Monde par Martine Aubry, plusieurs membres du PS et personnalités de gauche contre le gouvernement ?

Il s’agit de prise de conscience qui peut paraitre encourageante, mais n’oublions pas qu’il y a 6 mois, cette « grande figure » de la gauche du PS, caution morale des frondeurs, signait la motion de soutien au gouvernement. Mais il reste aussi une question aveugle, celle de l’Europe : il y a une incompatibilité radicale entre le projet fédéraliste et la justice sociale. Le rêve s’est fracassé pour devenir un cauchemar. Nous devons sortir de l’Europe de l’unique pour renouer avec l’Europe du commun, l’Europe de la coopération, l’Europe du réel. La refondation doit passer par des choix forts, comme une sortie du carcan des traités budgétaires. Enfin, la monnaie. Elle n’est pas une fin en soit mais un outil. Or la monnaie unique est un frein à la croissance et à l’emploi. Il faut nationaliser l’euro.

Que pensez-vous de l’organisation de primaires à gauche, face au besoin de définition de la gauche, et face à son risque d’éparpillement et d’élimination au premier tour en 2017 ?

Il faut définir un socle politique, un périmètre autour de cette primaire car la gauche est devenue une sorte d’appellation d’origine incontrôlée. Avec qui se fait-elle ? Quand ? L’intérêt est réduit d’emblée si ni François Hollande ni Jean-Luc Mélenchon n’y participent. Tout cela risque de ressembler plus à la Star Académie qu’à la présidentielle… Ce qu’il faut c’est surtout ouvrir un débat de fond que nous avons enterré depuis trop longtemps à gauche. Et ce n’est pas une primaire qui permettra de reconfigurer la gauche.

Le plus important est de parler du fond, et pour nous une partie de la gauche radicale doit clairement sortir de ses ambigüités sur la question de la nation. De nombreuses personnalités doivent aussi sortir des postures. Je pense en particulier à Jean-Luc Mélenchon : il y a incompatibilité entre sa préconisation de construction collective et citoyenne d’une 6e République et sa façon de céder à l’appel du grand homme providentiel pour 2017.