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Le chantage au FN, verrou de la vie politique

Interview visible sur le site du Point.

Le Point.fr : Allez-vous réussir à réunir les parrainages pour présenter votre candidature ?
Bastien Faudot : J’ai commencé à réunir des promesses de signature au mois de juin. Aujourd’hui, nous en avons 138. Les conditions de parrainage ont été durcies. On le ressent sur le terrain. Mais on a pas encore mobilisé les 230 élus toujours en fonction qui ont parrainé Jean-Pierre Chevènement en 2002. On va aller chercher le reste avec les dents.

Les partis font-ils pression pour empêcher les élus de parrainer des « petits » candidats comme vous ?
Non. Je pensais que je rencontrerais davantage d’élus qui subiraient des pressions de leur parti. Aujourd’hui, 85 % des maires administrent des communes de moins de 5 000 habitants. Ils ne se sentent plus tenus par leur parti parce qu’ils sont écœurés par le spectacle de la classe politique. Pour l’instant, j’ai une quinzaine de signatures d’élus PS. Sur les 800 parrainages de Chevènement en 2002, il n’y avait pas d’élu PS. Malgré tout, on me reproche encore de diviser la gauche, et de favoriser le FN.

« Mon problème, c’est de réconcilier la conduite des politiques publiques avec la volonté populaire. »

Il y a le chantage à la dette et le chantage à la montée du FN.
Que le chantage est un des plus gros verrous de la vie politique. C’est l’argument principal pour éviter que le débat ait lieu. Il y a le chantage à la dette et le chantage à la montée du FN. Moi, j’ai voté une fois Chirac contre Jean-Marie Le Pen. Mais désormais, je refuse de jouer cette partition. Sinon, ça veut dire qu’on est des marionnettes. Les responsables politiques nous conduisent à ce que le philosophe Jean-Claude Michéa appelle « l’empire du moindre mal ». La nation française est profondément politique. On est en train de perdre cette spécificité. Dans les années 70, il y avait 50 000 ouvriers à l’usine Peugeot de Sochaux. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 9 000. Les gens ont l’impression que politiquement, on a rien pu faire pour endiguer la désindustrialisation. Le FN a fait 39 % aux régionales dans mon département. Il est urgent que quelqu’un à gauche parle à ces électeurs qui votent pour celui qui fait le plus de mal au système. Mais on les traite comme des lépreux. Les électeurs du FN ne sont pas des gros beaufs qui n’ont rien compris à la beauté du monde, mais des gens qui n’ont plus de pouvoir.

« Mon problème, c’est de réconcilier la conduite des politiques publiques avec la volonté populaire. »

Pourquoi considérer que le FN est un danger alors que votre programme est très similaire à celui de Marine Le Pen ?
D’abord, c’est le FN qui est venu sur notre terrain, pas le contraire. Ensuite, nous avons des désaccords profonds avec le FN. La stratégie de Florian Philippot consiste à trouver des ressources électorales qui dépassent les 5 % de leur socle traditionnel d’électeurs fachos. La reconquête de la souveraineté n’est pas une fin en soi. Je ne suis pas pour un retour vers la France du passé ni pour un repli sur soi. Je ne suis pas là pour embaumer un vieux cadavre froid comme veut le faire Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan. Il n’y a aucune dimension ethnique dans ma définition de la nation. Mon problème, c’est de réconcilier la conduite des politiques publiques avec la volonté populaire. Marine Le Pen veut d’abord le pouvoir. C’est une très grande opportuniste. Le FN prétend être contre le système. Mais il est vérolé d’affaires…

Pourtant, Florian Philippot, le bâtisseur du programme et de la stratégie politique du FN, est un ancien chevènementiste …
Jean-Pierre [Chevènement, NDLR] dit qu’il ne l’avait jamais vu en 2002. Je ne l’ai jamais vu non plus. Il était responsable du Comité des grandes écoles. Mais au FN, il y a aussi un ancien chef de cabinet de Juppé, des anciens de l’UMP, des types du Front de gauche, de la CGT. Le FN attire tous les opportunistes. La politique est une science qui ressemble à l’astronomie. Plus l’astre est gros, plus la force gravitationnelle est puissante.