Capture d’écran 2016-02-23 à 11.52.51

Europe : « Il faut dédramatiser le recours au référendum »

DÉBAT SUR EUROPE1 DANS LE GRAND DIRECT DE L’ACTU, FACE À JEAN-MARIE CAVADA, LUNDI 22 FÉVRIER.

 

Il faut dédramatiser le recours au référendum, d’une manière générale. On n’en a pas que de bons souvenirs en France puisque je rappelle que le référendum du traité constitutionnel en 2005 a lamentablement été contrarié par le Parlement. La question n’est donc pas tant celle de la méthode. Là-dessus, on peut se rejoindre, encore faut-il savoir quelle question est posée. Ce sont les enjeux européens, aujourd’hui, qui nécessitent d’être précisés.

« L’Union européenne dans sa construction est essentiellement à la carte. »

La France est dans l’Europe, elle y reste. Il ne faut pas confondre d’une part l’Europe et de l’autre l’Union européenne, ensuite l’Union européenne et la zone euro, la zone euro et les accords de Schengen. En réalité, l’Union européenne dans sa construction est essentiellement à la carte, contrairement à ce que beaucoup pensent. La Grande-Bretagne n’est pas dans Schengen, n’est pas dans la zone euro. Il y a aujourd’hui une réalité très hétérogène de l’Union européenne.

Il y a des difficultés spécifiques posées par les traités européens et c’est là que j’aurai des divergences avec le point de vue exprimé par M. Cavada. Les traités tels qu’ils sont pensés ont constitué progressivement un projet d’intégration européenne à tendance fédéraliste, même si aujourd’hui ce n’est pas encore le cas, qui a construit ce que j’appelle l’Europe de l’unique.

Les témoignages nous montrent le décalage puissant qu’il y a entre le rêve, tel qu’il a été conçu par une génération qui n’est pas la mienne, et la réalité, qui a viré au cauchemar.

Le problème de cette Europe, on pourrait en parler plus longuement, c’est la question de la monnaie, c’est la question de Schengen, c’est la question de la convergence des budgets avec le TSCG. Laquelle de ces initiatives fonctionne aujourd’hui ?

Sur le fond, j’ai l’impression que Jean-Marie Cavada n’a rien appris ni rien compris. Je fais partie d’une génération qui est née avec les crises. Ici, dans le VIIIe arrondissement à Paris, nous ne voyons évidemment pas le désastre qui est en cours mais il va falloir exercer un jour un droit d’inventaire sur ce qui s’est passé depuis trente ans dans la construction européenne. La monnaie unique produit une paupérisation accrue, un effondrement de la croissance. Les Anglais, qui disposent, eux , de leur monnaie nationale, l’ont dévaluée de 30 % depuis 2011. C’est le seul pays qui a vu sa base industrielle augmenter depuis 2011.

« Il ne peut y avoir de politique sans maîtrise de l’instrument monétaire dans ce pays. »

Je veux que nous disposions de notre souveraineté monétaire, quel que soit le nom de cette monnaie : euro-franc, franc, peu importe. Il ne peut y avoir de politique sans maîtrise de l’instrument monétaire dans ce pays. Tous les États-nations dans le monde ont fait ce choix. La réalité de la monnaie unique européenne, c’est qu’à l’échelle d’un continent qui dispose de structures économiques profondément différentes, aucune politique monétaire ne peut correspondre aux intérêts de tous.

À la génération dont je suis et au territoire dont je viens (où il y a 40 % de travailleurs pauvres et 25 % de chômeurs), il est difficile de continuer à vendre un idéalisme européen qui ne s’est pas coltiné le réel. La réalité, c’est qu’aujourd’hui les peuples sont en souffrance. L’Europe n’a pas tenu sa promesse sociale. Il est temps de faire atterrir la question européenne.

Le fond du problème, c’est qu’il ne peut pas y avoir de politique sans territoire. Une Europe dans le prolongement des nations : oui, une Europe de la coopération : oui. Une Europe de l’unique, de la contrainte, du budget unique, de la monnaie unique, des frontières uniques, c’est une Europe sans territoire, une Europe sur laquelle nous n’avons pas la capacité de peser.

Le motif de l’Europe a servi à des régressions sociales sans précédent, avec le consentement de notre classe politique, gauche et droite confondues, depuis plus de 30 ans. La crise est partout en Europe. On l’a vu cet été en Grèce, on le voit en Espagne. Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels il faudrait que la France puisse reconquérir sa souveraineté populaire et nationale. La Grande-Bretagne est encore dans l’Europe, je pense que sa sortie serait une erreur et nous laisserait dans un tête-à-tête avec l’Allemagne.

L’Europe doit être un espace de coopération entre les nations. Elle doit être un appui aux intérêts des nations.