Docteur Stiglitz : le livre que tous les candidats devraient lire

Dans la France de 2016, il faut que ce soit un économiste américain prestigieux qui vienne rappeler à la France qu’elle a un gros problème sur le bras : une monnaie unique qui ne fonctionne pas et détruit la construction européenne.

Avec L’euro, comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, le Docteur Stiglitz dresse l’un des réquisitoires les plus sévères, mais aussi les plus précis, jamais publié contre la monnaie unique, l’euro, désigné à raison comme principal responsable de la stagnation économique européenne. Ce livre est une leçon – et une gifle – infligée aux technocrates européens, aux politiques français et allemands de droite et de gauche, et aux milieux d’affaires dont la responsabilité est clairement pointée du doigt.

Le Docteur Stiglitz pointe sereinement et solidement les vices de formes initiaux de la monnaie unique, les erreurs répétées de politiques économiques décidées par les fondamentalistes des marchés, le creusement des divergences économiques et politiques entre différents pays européens. L’euro, projet politique conçu pour assurer la paix et la prospérité en Europe, n’a au contraire apporté que le ressentiment et la colère, l’échec économique et la montée du chômage.

Le terrible diagnostic ne vient pas des marges des marges de la politique française et est prononcé par un économiste raisonnable, généralement classé au centre-gauche, que l’on ne peut pas facilement caricaturer comme un partisan du repli frileux sur soi, ou comme un anticapitaliste ne comprenant rien aux soi-disant réalités d’une économie mondiale complexe… Les affreux économistes Cahuc et Zylberberg pourront difficilement accuser Stiglitz de « négationnisme économique ».

Au-delà de l’échec économique, l’auteur démontre très bien la menace que l’euro fait peser à la fois sur le projet européen et sur la démocratie. Il est entièrement exact que l’euro est moins une monnaie qu’une méthode de gouvernement, et qu’entre la démocratie et l’euro, il faudra choisir.

Les propositions de Joseph Stiglitz méritent d’être débattues de manière approfondie dans le débat public présidentiel qui s’ouvre. Tout candidat sérieux devrait préciser de manière concrète ce qu’il entend faire de la monnaie unique. À cet égard, comme Joseph Stiglitz le laisse entendre dans son ouvrage, je ne pense pas que le saut fédéral soit une solution souhaitable ni réaliste à la crise de l’euro. Se contenter, comme certains à gauche, de dire en somme que « l’Allemagne paiera » démontre l’inanité du débat politique national, et l’impossibilité de retenir les leçons de l’histoire…

Les propositions optimistes de Stiglitz supposent un niveau de solidarité, de mutualisation et, pour tout dire, de fédéralisme auquel les peuples européens ne sont tout simplement pas prêts. Il faut donc regarder attentivement du côté du divorce à l’amiable… Le grand mérite du livre de Stiglitz est de formuler des choix et de rétablir du possible. Contre tous ceux qui répètent que l’euro est une aventure obligée, la droite qui veut que la France s’y soumette et la gauche qui rêve encore d’un euro solidaire et progressiste, le docteur Stiglitz nous rappelle que nous avons le choix.

Pour ma part, je ne pense pas que la solution des « deux euros » ou de « l’euro flexible » soit viable et je propose de reconquérir notre souveraineté monétaire en nationalisant l’euro et en favorisant la dépréciation de la nouvelle monnaie nationalisée d’environ 20 %. Pour relancer la machine économique et le produire en France, et vaincre enfin le cancer du chômage de masse qui détruit notre pays depuis trop d’années, disposer à nouveau de notre propre monnaie est indiscutablement nécessaire, mais ne sera pas suffisant.