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Avant le burn-out, changeons de modèle policier

J’étais ce 26 octobre aux côtés des policiers qui manifestent à Paris. La technocratie doit en rabattre un peu et accepter d’entendre les voix de ceux qui tous les jours agissent pour la sécurité des Français. Les Ministres écoutent et s’expriment, il faut maintenant passer aux actes.

Notre modèle policier est à bout. Le tournant de la police de proximité a été refusé au début des années 2000 au profit d’une police d’intervention et de la culture du chiffre. Comme dans beaucoup de domaine, l’idéologie du management a ravagé une institution qui exige beaucoup de ses agents. Le ras-le-bol de la base est aussi un désaveu pour l’ensemble de la hiérarchie. L’engouement actuel pour les polices municipales est d’ailleurs le symptôme de cette crise de la police.

Je propose de nationaliser les polices municipales, pour les généraliser et constituer une police de proximité complémentaire de la police d’ordre. Les citoyens doivent disposer d’un véritable service public de la sécurité articulant proximité et ordre, prévention et répression. Les maires doivent d’ailleurs participer pleinement à ce nouveau modèle et les commissariats s’ouvrir aux citoyens.

La vraie réconciliation de la gauche avec la sécurité ne peut passer que par une proposition innovante et ambitieuse en matière d’organisation et de doctrine. Il faut redonner du sens au travail des fonctionnaires de police.

Ce changement de modèle suppose des recrutements. Nous sommes aujourd’hui à peine revenus au niveau de 2007, avant la saignée des années Sarkozy. Cela suppose aussi des moyens. Depuis des mois, les policiers saisissent toutes les occasions pour alerter sur leurs véritables conditions de travail : état des locaux, des véhicules, absence d’équipements élémentaires, faiblesse des équipements d’intervention…

Comme beaucoup de Français, les policiers adressent de nombreux griefs à la justice, pour eux s’y ajoutent un sentiment de sabotage de leur action quotidienne. Les sanctions doivent être effectives et rapides. La justice des mineurs doit prévoir des mesures éducatives très coercitives. L’État doit passer à l’encellulement individuel, tout en conservant sa capacité d’incarcération. Pour cela, je propose un plan de construction de 15 000 places.

La surenchère dans le tout-intervention ou la militarisation nous conduirait dans une impasse. On l’a encore vu ce printemps en matière de maintien de l’ordre face aux manifestants contre la loi Travail. La revendication d’une nouvelle extension de la légitime défense traduit ce malaise alors que la loi vient pourtant d’être modifiée il y a quelques mois. Des quartiers doivent être reconquis, non comme des territoires occupés, mais comme des quartiers pris en otage par des voyous, l’économie informelle, le repli communautaire et le désespoir républicain. La police ne pourra accomplir cette tâche sans un retour de l’État éducatif et social.

Nos concitoyens demandent la sécurité, notre pays est la cible d’une offensive terroriste meurtrière, notre police ne doit ni sombrer dans le burn out ni dériver. Il est urgent de proposer un choix clair au pays en matière d’organisation de la police.