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À droite, rien de nouveau

Le premier débat entre les candidats à la primaire de la droite se déroule ce soir.

Il sera l’occasion pour les impétrants d’expliciter leur projet de société, et pour les citoyens de se faire un avis éclairé sur la direction qu’ils souhaitent faire prendre à la France. Candidat de la gauche patriote et souverainiste, je me distingue de tous ces candidats sur de nombreux points, ce débat sera probablement l’occasion de le vérifier une fois de plus. Un ancien Président de la République, deux anciens Premiers ministres, trois anciens ministres…qui font clairement partie du problème vont expliquer aux Français qu’ils sont la solution. Seul le député Poisson pourrait se prévaloir d’un peu de nouveauté mais il met son humour et sa formation de philosophe au service du réveil de la…France chrétienne.

La crise démocratique est le cadet des soucis de Juppé, Sarkozy et cie. Leurs rares propositions institutionnelles sont le cheval de Troie d’autres propositions moins avouables : lorsque M. Sarkozy propose des référendums, c’est uniquement pour faire passer des mesures inconstitutionnelles. On peut en outre douter de sa sincérité lorsqu’on sait comment il a piétiné le NON du peuple souverain de 2005. Au cœur de mon programme, je mets une journée annuelle référendaire pour rendre le pouvoir au peuple. Fini le référendum dans les mains du Prince, les Français doivent avoir la parole. Je propose également le retour du septennat, qui permettra au Président de la République de projeter son action dans le temps long, et de ne pas être en campagne dès le lendemain de son élection.

Le rôle de l’État me semble déterminant. Les entreprises et les citoyens ont besoin d’un État fort, qui ne se désengage pas de l’économie et joue pleinement son rôle et de soutien aux entreprises stratégiques. Le cas récent d’Alstom est le symptôme d’un État faible parce qu’il a décidé de l’être. Les économies monstrueuses que promettent les candidats de la droite au sein des dépenses publiques sont le signe d’un rétrécissement continu de la capacité d’action de l’État, à l’heure où les plus fragiles ont le plus besoin de lui. Je propose de rendre à l’État ses moyens d’action en menant une politique macroéconomique et non en se laissant balloter à tous les vents de la mondialisation : cela passe d’abord par la reconquête de notre politique budgétaire et monétaire.

Le modèle social français
ne doit pas s’adapter à la mondialisation comme on s’adapterait à des aléas climatiques car la mondialisation n’est pas un phénomène naturel. C’est une configuration de l’économie qui est née d’intentions et de décisions politiques. C’est l’organisation du commerce international et des échanges qui doit être modifiée et adaptée au service d’un objectif : préserver notre protection sociale, qui demeure la meilleure au monde.

L’Union européenne
est en crise, peut-être terminale. Entre les candidats qui proposent le grand saut fédéral, et ceux qui y ont contribué en bafouant le Non de 2005, ceux qui débattront ce soir seront finalement tous sur la même ligne : plus d’Europe, là où nous voyons que l’UE est devenue un problème plus qu’une solution. Je propose de défédéraliser l’Europe en supprimant la Commission européenne et en rapatriant au sein de nos frontières et sous le contrôle du peuple français les leviers décisifs de l’action publique, au premier rang desquels les choix concernant la politique économique, budgétaire et fiscale.

La nation française n’est pour moi ni ethnique, ni génétique, ni sociale. Elle est une construction éminemment politique qui accepte et intègre en son sein des individus très différents, pour peu qu’ils acceptent de se plier à la règle commune et aux principes fondamentaux de la République. En entretenant la peur sur l’immigration et le doute sur la compatibilité entre l’islam et la République, en proposant de limiter ou supprimer le droit du sol au profit du droit du sang, les candidats à la primaire de la droite avancent masqués mais promeuvent dans les esprits et dans leur camp une vision de la nation qui correspond mieux à la tradition politique allemande qu’à la nôtre.

La laïcité est un instrument d’émancipation et non d’oppression. Les candidats de la droite ou leurs soutiens veulent neutraliser la société, et pensent que le rôle de la République est d’arracher les voiles et de vider les mosquées. Je crois à la liberté religieuse, et à la neutralité stricte de l’État. Je pense que l’apprentissage de cette liberté de conscience passe notamment par la neutralisation de la religion dans les sphères où les citoyens apprennent leurs libertés fondamentales et s’entraînent en quelque sorte à les exercer : je pense ici en particulier aux lieux de transmission du savoir.

Le positionnement politique à l’égard du Front National
enfin, est là aussi un révélateur puissant de mes désaccords avec la droite. Il est vrai que nous sommes aujourd’hui piégés entre les dénis d’une certaine gauche qui refuse de regarder les difficultés de la crise culturelle d’une part, et la droite qui se laisse contaminer par le discours frontiste. Je pense que les électeurs qui votent aujourd’hui pour le Front National méritent mieux que d’être encouragés dans la surenchère ethniciste comme le fait la droite, ou d’être méprisés comme le fait la gauche. Je suis convaincu qu’en proposant un projet politique qui réarticule question sociale et question nationale, sur une base impeccablement républicaine, une partie d’entre eux reviendront dans le camp des progressistes. Ce ne sont pas des « salauds » qui n’ont rien compris à la beauté du monde : les électeurs du FN sont des citoyens exaspérés par l’impuissance du politique et qui vivent de façon très concrète, notamment dans les territoires désindustrialisés, les ravages de la mondialisation et de l’affaiblissement de l’Etat.

La primaire elle-même, enfin, est contraire à l’esprit de la Ve République qui est une rencontre entre un homme, un projet politique, et l’ensemble des Français. Je ne crois pas que la course à l’échalote qui prévaut lors de cet exercice assez peu démocratique tire les impétrants vers le haut. Cette importation nord-américaine correspond assez peu à la tradition politique française. Mieux vaudrait revenir à l’esprit et à la lettre de notre Constitution, qui prévoit fort justement que le premier tour sert à départager deux finalistes ; nul besoin d’un round qualificatif d’avant premier tour, limité aux sympathisants qui voudraient y participer. L’exercice de la souveraineté populaire est une chose trop sérieuse pour la laisser à une seule partie de la population, et c’est la nation entière qui doit choisir ses représentants dans le cadre des institutions sûres et bien établies de la Cinquième République.